À cru

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À cru c’est, à la fois monter sans selle et prendre le risque de parcourir un chemin sur une monture non équipée et par conséquent prendre le risque d’accroître la chute.
A cru, c’est aussi la forme passée du verbe croire : à un phantasme pour les uns, à un délire au sens clinique pour les autres, dont on est revenu.
Ce film visite à la fois des moments de réalité où le vécu de la folie a transformé la vie et des moments de fictions imprégnés de sa présence.
Un côtoiement, ou réalité et fiction tendent à être poreux et à se contaminer l’un et l’autre.
Une expérience cinématographique qui souhaite approcher son sujet dans le cœur même de sa construction narrative.
Une étrangeté, une perte de repère, une déstabilisation peut-être qui poussera le spectateur à s’interroger sur les représentations qu’il a de la folie et des personnes qui la vivent ou l’ont vécue.

NOTE D’INTENTION

C’est un projet, une aventure qui vient de loin dans le temps avec un groupe de cinq acteurs. Nous nous sommes connus voici quelques années à l’hôpital psychiatrique La Colombière – CHRU de Montpellier – dans différents projets artistiques qui nous ont permis d’avoir un langage commun à partir d’une pratique de spectacle vivant, de plateau. La confiance réciproque, la connaissance mutuelle et une solide expérience construite dans le temps de nos aventures et rencontres dans et hors de l’hôpital m’ont donné envie de faire un film à partir de leur richesse intérieure qui a fait naître des images chez moi que j’ai envie de partager et de montrer.
Cette rencontre avec eux et les thématiques qui résonnent pour moi posent la question de la folie et de l’histoire ou des histoires de sa représentation. Je ne nie pas la réalité du regard médical mais ils ne m’intéressent pas pour ce film, nous nous sommes côtoyés, nous avons vécu des moments ensemble, suffisants pour que j’ai envie d’écrire un film qui parle de cette humanité qui fonctionne autrement que le reste de l’humanité.
La différence de leur accès au monde, la singularité de l’organisation de leurs vies, leurs parades et stratégies pour éviter de refaire face à l’angoisse a quelque chose d’universel qui a rencontré un écho profond chez moi au fur et à mesure de nos moments partagés. Il y a là aussi une part d’irreprésentable, paradoxe quand on s’attaque aux représentations, mais la folie propose une rupture, elle ouvre la curiosité de la différence qui nous instruit aussi sur nous.

N’importe quelle chute, si la folie en est une, peut provoquer une radicalité dans notre perception du monde, dans notre perception du réel pourtant le même, mais avec une approche de la réalité différente. Ce film me contraint à penser différemment et la proposition de changer de point de vue, d’accès est celle d’une richesse qui se démarque de la bienveillance ou de l’empathie.
Ces personnes ont passé leur vie centrés autour d’eux-mêmes à décrire de façon très précise ce qu’ils sont en train de vivre ils ont fait un chemin une véritable recherche dans une position artistique, ils ont construit un mode de vie alternatif où la poésie a toute sa place et c’est elle que je veux saisir, filmer.
L’irreprésentable
Ce projet filmique n’est pas une démonstration de ce qu’est la folie ; il se pense plutôt comme une incursion en son sein, parfois même comme une intrusion dans le quotidien de ceux qui l’ont côtoyée.
Ce projet a débuté dans la continuité du précédent : projet N performances, une web série qui interrogeait les représentations parfois caricaturales de la folie, en compagnie de ceux qui ont ou ont eu recours à un moment de leur vie, à des soins psychiatriques. Des rencontres qui ont eu lieu à chaque fois dans un lieu d’hospitalisation différent avec un artiste invité à l’occasion pour questionner les images qui collent encore au corps des fous : l’homme qui se prend pour napoléon et celui qui est coiffé d’un entonnoir.
Ce travail de recherche, à la fois philosophique et artistique, je l’ai mené dans le cadre des activités de l’association les murs d’aurelle, avec un groupe de 5 personnes que je fréquente depuis 15 ans à travers plusieurs expériences de création en lien avec la folie. Cette solide expérience construite dans le temps de nos aventures et de nos rencontres dans et hors de l’hôpital a fait naître chez moi le désir de m’aventurer un peu plus dans leurs intérieurs, pas que symboliquement, dans leurs appartements aussi. Tenter de capter dans une confiante proximité ce qui à la fois fait différence, poésie et stratégie commune à nous tous qui tentons par tous les moyens d’aménager des parades face à ce que nous ne pouvons nous représenter.
Je souhaite réaliser un film non pas sur mais avec la folie de ces acteurs ; à partir d’eux, de leurs organisations de vie, de leur stratégie pour faire face au réel. Des signes que l’on peut entrevoir dans leur espace de vie, dans l’aménagement de ces lieux, dans le rapport qu’ils entretiennent avec certains objets, dans la façon qu’ils ont à vivre le temps, la solitude, la création, l’amour, le désir, la littérature…
Leurs façons différentes d’être au monde me provoque depuis des années un intérêt qui dépasse la simple curiosité envers la folie, mais qui vient interroger le rapport que j’ai au monde, en déplaçant parfois certaines certitudes, certaines valeurs. Je trouve là, en leur compagnie, un rapport au réel qui est autre, différent, poétique dans le sens où il vient directement toucher à la structure du langage. Une approche chaotique, qui peut paraître insensé mais qui venant se confronter à la norme l’interroge et brise en éclat tous les formatages.

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